Alegria Benarroch de Albo a présenté, dans le cadre du IIIᵉ Congrès International d’Études Séfarades, une conférence dédiée à la préservation du patrimoine juif de la ville d’Assilah (Arcila), au nord du Maroc.
Elle a exprimé sa profonde reconnaissance à Mme Adriana Abuhab Bialski, modératrice du Centre d’Études Juives, au Professeur Elías Salgado, historien, fondateur et directeur du Centre d’Études Juives de l’Amazonie et créateur du congrès, ainsi qu’au comité d’organisation.
Elle a également tenu à remercier le Professeur Tavim, du Centre des Arts et Humanités de l’Université de Lisbonne, pour son accueil bienveillant.
Un héritage familial et une mémoire partagée
Née en 1949 à Assilah, alors sous le protectorat espagnol, Alegría Benarroch a évoqué son histoire familiale. Son père était originaire d’Assilah, et sa mère, née au Brésil, descendait d’un père Benmergui, émigrant arcileño parti au début du XXᵉ siècle à l’âge de 19 ans, et d’une mère Roffé, fille d’émigrants d’Assilah installés à Macapá.
Après le décès prématuré de son épouse, le grand-père d’Alegría décida de rentrer à Assilah afin de recevoir le soutien de sa famille.
Les archives révèlent qu’en 1860, la communauté juive d’Assilah comptait environ 500 membres, selon le journaliste Albert Cohen (dans L’Univers Israélite). Un siècle plus tard, en 1960, elle n’en comptait plus que 120, et en 1972, la dernière famille juive quitta la ville.
Durant le protectorat espagnol (1912-1956), Assilah faisait partie de la zone nord du Maroc. Après l’indépendance, en 1956, Sa Majesté le Roi Mohammed V prit la direction du Royaume.
De l’enfance à l’exil
Alegría Benarroch fréquenta d’abord le Collège espagnol d’Assilah, puis, à l’ouverture de l’école de l’Alliance Israélite Universelle, elle rejoignit la section francophone. À l’âge de douze ans, sa famille s’installa à Tanger, où elle poursuivit sa scolarité à l’Alliance Israélite de Tanger jusqu’à la fin du lycée. Elle se maria par la suite et, en 1968, émigra en Israël.

Le retour d’Alegria Benarroch de Albo à Assilah et la redécouverte du patrimoine
En 2019, elle retourna pour la première fois à Assilah. Elle retrouva le quartier de son enfance, marqué par la coexistence harmonieuse des communautés musulmane, chrétienne et juive.
Lors de sa visite au cimetière juif Bet HaHaïm, elle découvrit avec tristesse son état d’abandon : herbes hautes, tombes sans inscriptions, stèles endommagées par la mer. Parmi ces pierres silencieuses, elle reconnut la tombe de sa sœur Julia, décédée à l’âge de sept ans, celles des deux frères de son grand-père paternel, ainsi que celle de son arrière-grand-père maternel, Lévi Roïf (Roffé), revenu du Brésil pour finir sa vie à Assilah, où il mourut à 110 ans.
Sur environ 500 tombes, seules 85 purent être identifiées.
Un engagement pour la restauration
Émue par la situation, Alegría Benarroch prit contact, après son retour en Israël, avec M. Aaron Abikzer, vice-président de la Communauté Israélite de Tanger et représentant des communautés du nord du Maroc.
Avec l’autorisation de M. Serge Berdugo, secrétaire général du Conseil des Communautés Israélites du Maroc, un projet de réhabilitation du cimetière fut lancé. Les travaux furent financés par la communauté de Tanger, tandis qu’Alegría Benarroch organisa une collecte auprès des anciens arcileños dispersés dans le monde.
Le cimetière fut restauré : un logement pour le gardien fut construit, des arbustes furent plantés, des bancs installés, et un espace pour l’allumage de bougies aménagé.
À sa demande, les tombes du Rebbí Yehuda Bengio z »l (appelé Rebbí Y’Yudi) et de son épouse furent également restaurées. Encouragée par ces progrès, elle sollicita la restauration d’autres lieux symboliques : la synagogue Kahal, le mikvé, le hammam et le four communautaire.
Sous la supervision d’un architecte local, la synagogue, construite en 1824, retrouva son aspect originel. Les anciens habitants d’Assilah contribuèrent à reconstituer la disposition du lieu, la Tevá et la Azará, ainsi que les bancs d’époque.
Les travaux furent coordonnés par M. Aaron Abikzer, avec la participation active de Mme Sonia Cohen, responsable des synagogues de Tanger, déjà transformées en musées d’histoire juive. Une muraille portugaise attenante, menaçant ruine, fut consolidée, permettant d’accéder au mikvé, au hammam et au four où les familles juives préparaient les matsot de Pessa’h, la dafina, les pains de Shabbat et les gâteaux traditionnels.
Alegría Benarroch a tenu à exprimer sa gratitude à Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour son engagement constant en faveur de la préservation du patrimoine multiculturel marocain, ainsi qu’à M. Serge Berdugo et M. Aaron Abikzer pour leur appui déterminant. Elle a également remercié les habitants et descendants d’Assilah pour leurs dons et leur attachement au projet.
L’inauguration et la reconnaissance officielle en présence d’Alegria Benarroch de Albo
L’inauguration de la synagogue restaurée eut lieu en 2022, en présence de nombreux amis, descendants d’Assilah, de personnalités gouvernementales, de représentants des communautés religieuses de Tanger et de Rabat, ainsi que d’un grand nombre de citoyens d’Assilah et de visiteurs.
Lors de la cérémonie, Alegría Benarroch eut l’honneur de prononcer un discours en espagnol et en français, empreint d’une vive émotion. La journée s’acheva par des chants, des danses et la visite du mikvé, du hammam et du four communautaire.
Une reconnaissance nationale du patrimoine juif d’Assilah
Le 20 février 2025, le Ministère marocain de la Culture a inscrit officiellement trois sites juifs d’Assilah la synagogue Kahal, le mikvé et le hammam, sur la liste du patrimoine national, reconnaissant leur valeur historique et leur importance pour la mémoire collective du Royaume.
Préserver la langue et la mémoire séfarades
Au-delà du patrimoine bâti, Alegría Benarroch de Albo œuvre pour la sauvegarde de la Haquetía, la langue judéo-hispanique du nord du Maroc. Avec son fils, le Dr Asher Albo, elle prépare une réédition numérique et une traduction en hébreu du Dictionnaire haketía–espagnol rédigé par son frère, le Professeur Isaac Benarroch Benmergui z »l, en collaboration avec la Professeure Yehudit Henshke et sous le patronage de l’Académie de la Langue Hébraïque.
Le Professeur Jacob Bentolila, de l’Université de Beer Sheva, accompagne le projet en tant que conseiller académique. Alegría Benarroch a également évoqué le travail de Jacob De Ruso Edery, né de l’union de deux descendants de Séfarades — son père parlant ladino à Istanbul, et sa mère haquetía à Assilah. Ce dernier a entrepris la création d’un arbre généalogique regroupant plus de 2 500 Juifs arcileños, issus de familles telles que Anidjar, Barcessat, Benharrosh, Benchettón, Bengio, Benmergui, Benoliel, Bentolila, Cohen, Edery, Lancry, Faráche, Kadosh, Levy, Nahón, Querub, Roïf (Roffé), Sibony et Sedero (Sorero).
Un attachement éternel à Assilah décrit à travers un poème d’Alegria Benarroch de Albo
La conférence s’est conclue par la lecture d’un poème bilingue, en espagnol et en haquetía, intitulé Mi bella Arcila, dédié à sa ville natale :
« Ma belle Arcila, jusqu’à mes derniers souffles, je te garderai dans mon cœur…
Tes rues lumineuses, ton ciel, ta plage, tes couleurs et tes senteurs vivent en moi…
Musulmans, chrétiens et juifs, nous étions les perles d’un même collier, unis à jamais. »
À travers son action, Alegría Benarroch de Albo illustre l’importance du travail de mémoire et du dialogue entre les cultures. Son projet à Assilah est un modèle de coopération patrimoniale et spirituelle, témoignant du vivre-ensemble marocain et de la richesse plurielle du Royaume.


Un héritage familial et une mémoire partagée
De l’enfance à l’exil
Une reconnaissance nationale du patrimoine juif d’Assilah
Préserver la langue et la mémoire séfarades
Un attachement éternel à Assilah décrit à travers un poème d’Alegria Benarroch de Albo


